mercredi 20 juin 2018

Cosmologie bouddhiste


Lorsqu'on recherche sur Internet l'origine de l'univers et de la vie selon le bouddhisme, on trouve en général que Bouddha refusait de répondre à ce type de question, et c'est vrai qu'il a refusé à 14 reprises de répondre à des questions ayant trait à la cosmologie.




Ceci dit il a abordé le sujet à plusieurs reprises dans le cadre de divers enseignements, et ce qui suit est un résumé de ses propos dans ce domaine.

Les univers aussi vivent et meurent

D'après Bouddha, notre univers n'est ni le premier ni le dernier. 
Les univers passent par des phases de création, maintien, destruction et vide.

Mais les courants de conscience ne meurent pas

Lorsqu'un univers est détruit, la matière disparaît mais les "courants de conscience" ne meurent pas. "Courant de conscience" est l'expression bouddhiste pour esprit, pour bien montrer qu'il y a continuité de la conscience, mais que l'esprit n'est pas une entité fixe et se modifie sans arrêt.

Création des univers par la force des empreintes karmiques

Les univers sont créés par la force des empreintes karmiques portées par des courants de conscience auxquels correspond le nouvel univers (parmi d'autres), ces empreintes ayant été déposées lors des vies passées dans les univers précédents. (Les empreintes karmiques, ou karma, sont les traces laissées sur notre courant de conscience par chacun de nos actes et chacune de nos pensées.)

Donc selon Bouddha, ce n'est pas Dieu qui crée un univers, mais l'ensemble des êtres qui vont l'habiter, sous l'influence de réminiscences d'univers passés.

Dans la phase de création, un milliard d'univers sont créés, en fonction des tendances des courants de conscience concernés. Tout commence par un vent dans un élément gazeux, puis s'ensuivent diverses étapes de solidification qui aboutissent à la création de mondes sphériques.

Comparaison avec la théorie du big bang


Cette description ressemble au scénario du big bang selon la cosmologie moderne: dans l'univers primitif, il y avait des éléments simples tels que l'helium et le lithium. Puis sous l'effet de la gravitation ces éléments se sont concentrés (on pourrait dire que les forces de gravitation ont engendré des vents intenses), ont formé d'énormes boules qui sont devenues des étoiles sous l'effet de pressions énormes. Puis il y eut plusieurs phases de destruction/création d'étoiles qui aboutirent à notre système solaire actuel avec des atomes lourds.

Pendant un certain temps, les scientifiques ont considéré l'existence d'un univers unique, le big bang étant le début de tout ce qui existe.

Mais la théorie du big bang ne dit pas qu'il n'y avait rien avant: elle dit que les équations mènent à une singularité mathématique et qu'il est impossible de connaître ce qu'il y avait avant. C'est pourquoi de plus en plus de scientifiques pensent en fait qu'il devait y avoir quelque chose avant, mais que cette zone reste inaccessible. Il est vrai que cette notion d'un univers qui sortirait du néant comme un lapin sortant du chapeau d'un magicien, ce n'est pas très scientifique!

Apparition de la vie dans un univers

Au début les courants de conscience renaissent dans le nouvel univers sous la forme de déités. Leurs corps sont immatériels, lumineux et ils se nourrissent de concentration mentale. Un jour, sous l'influence de conditionnements antérieurs, il goûtent aux fruits de la terre et ils aiment ça. Les organes nécessaires à l'alimentation et à l'excrétion apparaissent. Puis, les passions se développant, les organes sexuels apparaissent.

Comparaison avec la théorie de l'évolution

Ce scénario est assez proche de la théorie de l'évolution, les formes de vie se complexifiant au fur et à mesure. La différence est que selon le bouddhisme, cette évolution est fortement influencée par les empreintes karmiques, phénomène non matériel, alors que Darwin ne s'occupait que des phénomènes matériels et biologiques.

Vie extraterrestre


Ce processus se produit sur un grand nombre de planètes. D'après Bouddha, les univers contiennent un grand nombre de mondes habités. Chacun de ces mondes, au fil du temps, a ses propres bouddhas.

Ceci dit les textes ne donnent aucune indication relative à la morphologie de ces extraterrestres :-)




Chronologie

Les univers également sont mortels. Leur durée de vie moyenne serait d'environ 1000 milliards d'années. Finalement ils sont détruits par le feu. S'ensuit une phase de vide d'environ 300 milliards d'années, après quoi tout recommence (les durées varient selon les sources, mais dans tous les cas il s'agit d'un nombre considérable de milliards d'années).

Comparaison avec l'âge de l'univers selon la science moderne

Selon la science moderne et la théorie du big bang, l'univers serait âgé de 14 milliards d'années, il en serait donc à 1,4% de sa durée de vie totale selon la cosmologie bouddhiste.

Omniscience du Bouddha

D'où viennent les connaissances du Bouddha que je viens de résumer?

Selon le bouddhisme, tout être qui atteint l'éveil complet d'un Bouddha devient omniscient, c'est à dire connaît tout ce qu'il y a à connaître.

C'est pourquoi on posait à Bouddha des questions relatives aux mystères de l'univers. Mais il répondait que ce type de démarche constituait une distraction qui allait à l'encontre de son objectif: l'élimination des souffrances et le développement du bonheur. Comme les souffrances et le bonheur dépendent de l'esprit, pour y parvenir il faut éliminer les défauts de l'esprit et développer ses qualités. La cosmologie n'est pas très utile à ce niveau.

Les buts ultimes du bouddhisme

Ceci dit le bouddhisme s'attache à connaître la nature de la réalité, pour dissiper notre ignorance qui est l'un de nos principaux problèmes, et la connaissance des sciences a toute sa place dans ce contexte; par exemple le Dalaï-lama a demandé aux moines d'étudier la mécanique quantique. A condition de ne pas perdre de vue l'objectif principal: il ne s'agit pas juste de satisfaire sa propre curiosité, la motivation essentielle étant l'élimination des souffrances et la réalisation du bonheur véritable, pour soi-même et tous les êtres.

Quelques ouvrages de référence

Cet article a été compilé à partir d'informations trouvées dans les textes suivants:

La lettre à un ami du supérieur Nagarjuna
Par le vénérable Géshé Ngawang Khyenrab
Editions Dharma, 1982
https://livre.fnac.com/mp17469288/La-lettre-a-un-ami-du-superieur-nagarjuna

L'Infini dans la paume de la main - Le moine et l'astrophysicien
Par Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan 
Editions Pocket, 2002
https://www.amazon.fr/LInfini-dans-paume-main-lastrophysicien/dp/2266108611

samedi 25 mars 2017

Comment vaincre la mort - et le sens de la vie

 « Dis tonton, à quoi ça sert tout ce que tu fais, puisque tu vas mourir un jour ? »
Ainsi parla l'une de mes petites nièces, âgée de 11 ans, au cours d'un repas de famille. J'allais lui répondre, mais elle était retournée jouer et plus du tout intéressée par le sujet. D'ailleurs elle ne se rappelle même pas m'avoir posé la question.

Mais moi je m'en rappelle, car j'ai cherché la réponse pendant bien des années. Je vais donc lui répondre ici. Qui sait, peut-être un jour se posera-t-elle à nouveau la question ?


Blaise Pascal déjà nous exhortait : pensez à la mort !

Blaise Pascal (1623-1662)
Lors de ma scolarité au Lycée François Premier de Fontainebleau, nous avons étudié un peu le philosophe Pascal et j'avais été frappé par cette exhortation:
Ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d’une charge ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c’est celui-là même qui sait qu’il va tout perdre par la mort, sans inquiétude et sans émotion. [...] C’est un enchantement incompréhensible, et un assoupissement surnaturel.

Pourquoi nous faire beaucoup de souci pour notre situation et nos possessions immédiates, et ignorer totalement la mort alors qu'elle va nous faire tout perdre? 

Il y a là matière à réflexion, et surtout une urgence à trouver une solution.


Voici donc une première réponse que j'aurais pu donner à la petite fille :
Ta question est une bonne question, une sacrément bonne question que les philosophes aussi se sont posée. Elle mérite vraiment que l'on y réfléchisse et que l'on trouve les réponses.

La mort n'est pas la fin de tout

De nombreux récits de mort imminente montrent qu'après l'arrêt des fonctions vitales, une forme de conscience demeure encore. 

Les personnes ayant vécu cette expérience évoquent souvent un grand tunnel lumineux.

Il existe également de nombreux récits de rappels de vies passées, bien documentés, qui laissent peu de place au doute.


C'est donc une deuxième réponse que j'aurais pu donner à la petite fille:

La mort n'est pas la fin de tout. Notre existence n'est donc pas vaine.



Réincarnations remarquables


Thinley Rimpoché, Sagesses bouddhistes 1/6/14
Il existe de nombreux récits de réincarnations remarquables. Celui de Thinley Rimpoché est mon préféré, car d'une part ce moine bouddhiste se rappelle sa vie précédente, d'autre part il s'est mis à parler un tibétain parfait vers l'âge de un an, ce qui est très précoce. Qui plus est, avec un père français et une mère américaine, on parlait français et anglais à la maison. Comment donc aurait-il pu posséder cette langue difficile qu'est le tibétain, et la parler sans le moindre accent?


La meilleure explication que l'on puisse donner, c'est qu'après avoir quitté son corps précédent, il s'est réincarné au sein d'une nouvelle famille. Pour plus de détails, voir:
http://philippe2015.blogspot.fr/2015/04/reincarnation-1-thinley-rimpoche.html

Son histoire montre qu'il est non seulement possible de se rappeler ses vies passées, mais que ce nous apprenons au cours d'une vie peut être transmis aux vies suivantes.

C'est donc une troisième réponse que j'aurais pu donner à la petite fille:
Après notre mort, nous allons nous  réincarner, et nous allons emmener avec nous ce que nous avons appris.

Les réponses du Bouddha Shakyamouni

Bouddha Shakyamouni - Grande pagode de Vincennes
Ces récits de réincarnations remarquables nous montrent que certains d'entre nous sont capables de se rappeler leurs vies passées, et de conserver les aptitudes et les connaissances acquises. 

Mais tout le monde n'en est pas capable. Comment faire pour améliorer notre situation?

J'ai récemment découvert que Bouddha avait apporté des réponses à toutes ces questions il y a de cela 2600 ans.

C'est donc une quatrième réponse que j'aurais pu donner à la petite fille:

Les réponses à ta question ont été apportées par le Bouddha Shakyamouni il y a de cela 2600 ans. Et ses enseignements donnent des résultats, comme en témoigne la vie de Thinley Rimpoché.


Esprit et matière sont de nature différente

Selon Bouddha, l’esprit et la matière sont de nature différente. L’esprit n’est pas matériel. A la mort du corps, l’esprit quitte le corps puis va se réincarner dans un nouveau corps au moment de la conception.

Un peu comme une application téléchargée dans un smartphone : avant d’arriver dans le smartphone, elle est immatérielle sous forme d’ondes, avant de « s’incarner » sous la forme d’électrons dans la mémoire du smartphone.

C’est donc une cinquième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille:

Notre esprit n’est pas matériel et poursuit sa route après la mort du corps.

Le loto de la réincarnation

Si nous avons la chance de vivre en France, en mangeant à notre faim, en bonne santé, avec une éducation et un système de santé gratuit, il se peut que la situation du monde nous échappe.

Mais il y a beaucoup des souffrances dans le monde : faim, guerres, dictatures, esclavage, maladies du corps et de l’esprit … Même si nous avons de quoi râler, il n’en reste pas moins que nous avons la chance de vivre dans un des meilleurs pays de la planète. Et même en France, toutes les vies ne sont pas roses.

Après notre mort, il n’est pas du tout garanti que nous puissions renaître dans un bon pays. 

Nous pourrions connaître la famine, la privation de liberté, l’esclavage, les maladies, ou renaître sous forme animale … C’est comme une sorte de loterie : notre renaissance va se faire au hasard.

Mais selon le bouddhisme, si nous menons correctement notre barque, nous pouvons améliorer considérablement nos chances de tirer un ticket gagnant au grand loto de la réincarnation. Comment ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

C’est donc une sixième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille:
Si nous ne faisons rien pour améliorer la situation, nous risquons de nous réincarner dans des conditions très pénibles ou même sous forme animale.

La loi de causalité

Tableau d'après la semeuse de Roty
Lorsque nous semons des graines, après quelques mois ou quelques années, la récolte donne ses fruits. C’est une loi de causalité au niveau matériel.
La sagesse populaire a étendu cette notion à la vie en général :
    On récolte ce que l’on sème
    Qui sème le vent récolte la tempête
Selon le bouddhisme, il existe une loi de causalité au niveau de l’esprit : chacune de nos actions sème des graines dans notre esprit (appelées karma dans le bouddhisme), et avec le temps ces graines vont germer et donner leurs fruits.

Les exemples ne manquent pas. Par exemple tel homme politique a montré un peu trop d’intérêt pour l’argent. Ces actions ont déposé des graines qui ont germé, et il doit maintenant rendre des comptes. Comme l’esprit continue sa route au-delà de la mort, les conséquences peuvent se produire également dans les vies futures.

Les actions positives vont avoir par la suite des conséquences positives, et les actions négatives auront des conséquences négatives, dans cette vie et dans les suivantes.

C’est une septième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille:
Chacune de nos actions sème des graines dans notre esprit, qui vont donner leurs fruits dans cette vie et dans les vies suivantes. Nous avons donc intérêt à semer de bonnes graines, c'est à dire des actions positives.

L’éthique

Comment semer ces bonnes graines ?
Pour cela il faut appliquer l'éthique.

Selon le bouddhisme, si nous voulons être heureux maintenant et dans nos vies futures, il nous faut respecter 10 règles d’éthique : au niveau de nos actions (ne pas tuer, ne pas prendre ce qui n’a pas été donné, éviter les inconduites sexuelles), de nos paroles (éviter le mensonge, la calomnie, les paroles injurieuses, les bavardages inutiles), de nos pensées (éviter la convoitise, la méchanceté, les vues fausses).

C’est une conséquence de la loi de causalité : nos actions négatives vont entraîner pour nous des conséquences négatives, et nos actions positives vont entraîner des conséquences positives.

C’est une huitième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille :
Nous allons nous réincarner, et pour que cette réincarnation se passe bien, nous devons mener une vie éthique, en pensées, en paroles et en actions.

L’étude est le meilleur de nos amis

Le vénérable Dagpo Rimpoché
Le cas de Thinley Rimpoché est très intéressant, car il nous montre que nous pouvons emmener avec nous ce que nous avons appris, par-delà le mur de la mort.

Cet exemple illustre un enseignement du Maître tibétain Dagpo Rimpoché : 

L’étude est le meilleur de nos amis, car elle nous accompagne au-delà de la mort, alors que nous devrons abandonner nos amis, notre famille et nos biens.

C’est donc une neuvième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille:

Ce que nous apprenons va nous servir dans les vies suivantes, donc cela vaut vraiment la peine d’apprendre et de progresser, tout n’est pas perdu.



Amour et compassion

Le quatorzième Dalaï-lama
Selon le Dalaï-lama, amour et compassion sont indispensables si l’on veut progresser sur le plan spirituel, dans cette vie-ci et dans les suivantes.

En développant l’amour et la compassion pour les autres, nous les aidons à progresser, nous améliorons notre environnement, et en retour nous recevrons l’amour et l’aide des autres.

C’est donc une dixième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille:
En développant l’amour et la compassion, nous pouvons progresser dans cette vie et dans nos vies futures, et nous aidons les gens que nous aimons à progresser.

Générosité et altruisme

Selon le moine bouddhiste Matthieu Ricard, l’altruisme et la générosité sont parmi les meilleures pratiques nous permettant d’atteindre le bonheur.

Dans son livre Plaidoyer pour l'altruisme, Matthieu Ricard exprime non seulement la sagesse bouddhiste millénaire, mais également les recherches scientifiques les plus récentes.

Ce n'est donc pas uniquement une question d'opinion, c'est maintenant une vérité scientifique.

Si donc nous faisons preuve de générosité et d’altruisme, nous allons considérablement améliorer notre situation dans cette vie-ci et dans les vies suivantes.








C’est une onzième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille :
En pratiquant la générosité et l’altruisme, nous augmentons nos chances de bonheur dans cette vie-ci et dans nos vies futures.

Le sens de la vie

Shantideva (685-763)
Selon le grand Maître Indien Shantideva, 
Le Samsara est un océan de souffrances dans lequel notre corps est comme un bateau, qui peut nous aider à nous libérer de cette souffrance en nous aidant à gagner l'autre rive.

Pour les bouddhistes, le samsara est le cycle des existences successives, soumises à la souffrance. Même si nous menons une vie heureuse, nous devrons un jour affronter les souffrances de la mort et de la séparation.

Mais si nous avons la chance d’avoir une bonne santé, de manger à notre faim, de vivre dans un pays libre et en paix (ce que les bouddhistes appellent une existence humaine disponible et qualifiée), profitons de ce support de vie pour accomplir les actions qui vont nous permettre d’être heureux et d’échapper à la souffrance dans cette vie et dans les vies suivantes. Ce qui ne serait pas possible si nous avions un corps d’animal. Le corps humain est comme un bateau exceptionnel, ce serait du gaspillage que de ne pas l’utiliser pour atteindre les rivages des vies heureuses.

C’est une douzième réponse que j’aurais pu donner à la petite fille :
Notre vie a un sens, elle est précieuse, c’est une chance rare, nous devons éviter de la gaspiller en activités futiles, et l’utiliser pour des activités favorisant des renaissances heureuses.

En conclusion

En observant la vie et en analysant la situation, nous pouvons atteindre un niveau de certitude relativement élevé quant aux points suivants :

Après notre mort, nous allons nous réincarner ;
Pour que cette réincarnation se passe bien :
  • Menons une vie éthique ;
  • Développons l’amour et la compassion ;
  • Pratiquons l’altruisme et la générosité ;
  • Étudions, car nos connaissances nous accompagneront au fil de nos vies ;
  • Évitons les activités futiles, remplaçons-les par des activités utiles.

Voila donc quel sens nous pouvons donner à notre vie et à nos actions.

Résumé

Question :  

« Dis tonton, à quoi ça sert tout ce que tu fais, puisque tu vas mourir un jour ? »

Réponses :

1.Ta question est une bonne question, une sacrément bonne question que les philosophes aussi se sont posée. Elle mérite vraiment que l'on y réfléchisse et que l'on trouve les réponses.

2. La mort n'est pas la fin de tout. Notre existence n'est donc pas vaine.

3. Après notre mort, nous allons nous  réincarner, et nous allons emmener avec nous ce que nous avons appris.

4. Les réponses à ta question ont été apportées par le Bouddha Shakyamouni il y a de cela 2600 ans. Et ses enseignements donnent des résultats, comme en témoigne la vie de Thinley Rimpoché.

5. Notre esprit n’est pas matériel et poursuit sa route après la mort du corps.

6. Si nous ne faisons rien pour améliorer la situation, nous risquons de nous réincarner dans des conditions très pénibles ou même sous forme animale.

7. Chacune de nos actions sème des graines dans notre esprit, qui vont donner leurs fruits dans cette vie et dans les vies suivantes. Nous avons donc intérêt à semer de bonnes graines, c'est à dire des actions positives.

8. Nous allons nous réincarner, et pour que cette réincarnation se passe bien, nous devons mener une vie éthique, en pensées, en paroles et en actions.

9. Ce que nous apprenons va nous servir dans les vies suivantes, donc cela vaut vraiment la peine d’apprendre et de progresser, tout n’est pas perdu.

10. En développant l’amour et la compassion, nous pouvons progresser dans cette vie et dans nos vies futures, et nous aidons les gens que nous aimons à progresser.

11. En pratiquant la générosité et l’altruisme, nous augmentons nos chances de bonheur dans cette vie-ci et dans nos vies futures.

12. Notre vie a un sens, elle est précieuse, c’est une chance rare, nous devons éviter de la gaspiller en activités futiles, et l’utiliser pour des activités favorisant des renaissances heureuses.


jeudi 1 septembre 2016

Bouddha nous demande de ne pas manger les animaux

Les bouddhistes ne sont pas tous végétariens.

Et pourtant, dans plusieurs soutras, le Bouddha Shakyamouni s’est prononcé contre la nourriture carnée, allant jusqu’à dire que la consommation de viande empêche d’atteindre l’éveil. 

Dans le bouddhisme, les soutras représentent la mise par écrit des paroles du Bouddha. De tous les écrits bouddhistes, ce sont donc eux qui sont les plus authentiques.

Dans Le soutra de l’entrée à Lanka., Bouddha s'élève contre la consommation de viande.


Le Soutra de l’entrée à Lanka

Le  Laṅkāvatāra Sūtra, ou Soutra de l’entrée à Lanka, recueille les paroles prononcées par le Bouddha lors de son entrée à Sri Lanka. Il est disponible depuis 2006 en français. Bouddha répond à une question du Bodhisattva Mahâmati au sujet de la nourriture carnée, et conclut en ces termes :

Il ne faut pas terroriser les êtres animés
En mangeant la chair de ceux qui furent
Jadis des êtres proches - cette chair
Constituée de toutes les substances impures.

De toute viande et de l’oignon,
De la ciboule, de l’ail et de l’alcool,
Des substances impures comme celles-là
Les pratiquants s’abstiendront.

Toujours ils éviteront l’huile de sésame,
De même que les lits où, forant ses galeries,
Niche une abondante vermine
Obsédée par la peur.

Boire et manger rendent indolent,
L’indolence appelle les mauvaises pensées
Et les mauvaises pensées, le désir ;
Voilà pourquoi il ne faut pas manger de la viande.

Les mauvaises pensées alimentent le désir,
Jusqu’à ce que l’esprit s’en trouve ivre.
L’ivresse de l’esprit perpétue la soif d’exister
Contre la libération des naissances et des morts.

On tue des êtres animés pour le profit,
On échange des biens contre la viande.
Tuer et achever de la viande sont des mauvais actes
Qui à la mort précipitent dans l’enfer des Lamentations.

Ne pas l’imaginer, ni l’ordonner, ni le vouloir
Ces trois points feraient une viande dite
« pure »?
Le monde ignore la viande « pure »,
Et ceux qui en mangent, je les blâme.

Ceux qui se dévorent les uns les autres
Renaîtront bêtes féroces,
Puantes et insanes :
Il ne faut donc pas manger de viande.

Chasseurs, chandâlas,
Bouchers, râkshasas :
Ils renaîtront dans ces castes-là
Pour avoir mangé de la viande.


Les carnivores éhontés
Seront  fous de vie en vie.
Les Bouddhas, les Bodhisattvas
Et les Auditeurs les réprouveront.

Dans le Hastikakshya et le grand Nuage
Le Nirvâna, l’Angulimâlika
Et le présent Soûtra de Lankâ,
Je préconise d’arrêter la viande.

Quand je parlais de voir, entendre et douter,
Je condamnais déjà la consommation de toute viande.
Victimes de leurs habitudes néfastes,
Les sots se font des idées fausses.

Si le désir fait obstacle à la libération,
La viande et les produits analogues aussi.
Les mangeurs de viande ne peuvent
Accéder à la voie des êtres sublimes.

Dans les générations à venir, certains
Proféreront mainte bêtise à ce sujet :
Qu’il n’y a pas de mal à manger de la viande pure,
Que le Bouddha en autorise la consommation.

La viande est « pure » quand elle est prise
Comme un médicament ;
Sinon, en manger revient à dévorer ses propres enfants.
En conséquence, les pratiquants mendient
Leur nourriture sans jamais passer la mesure.

Manger de la viande contrevient à la libération
Et menace la bannière de victoire des êtres sublimes
C’est une source de terreur pour les êtres
Et il faut donc s’abstenir d’en manger.

Ceux qui sont établis dans la bienveillance,
Je leur enseigne à ne jamais en manger
S’ils veulent éviter la compagnie
Des lions, des tigres et des loups.

Ceux qui s’abstiennent de viande et d’alcool
Renaîtront parmi les sages et les saints ;
Ils connaîtront l’abondance et la richesse,
Et ils jouiront de toute connaissance.
« Les mangeurs de viande ne peuvent accéder à la voie des êtres sublimes. »
Il faudrait donc que ceux qui aspirent à atteindre l’éveil tout en étant carnivores passent d’urgence au régime végétarien !

Bienfaits sur la santé


Si le Bouddha nous apprend que le végétarisme est bon pour notre esprit, la science moderne de son côté nous apprend que le régime végétarien nous permet de vivre plus longtemps et en meilleure santé :
longévité accrue de plusieurs années, moins de cancers, moins de maladies cardiovasculaires, etc. (voir ici). 

Ce qui je pense devrait intéresser ceux qui ne sont pas bouddhistes aussi bien que les bouddhistes.


Mieux profiter de cette existence fortunée (si nous avons la chance d'en avoir une)

Pour les bouddhistes cette longévité accrue représente un avantage particulier : en effet selon le bouddhisme il est très rare de pouvoir bénéficier d’une existence humaine « disponible et qualifiée », c’est-à-dire un corps humain et un esprit en bon état de fonctionnement, dans un pays en paix, sans soucis matériels, avec un accès aux enseignements bouddhistes.

Comme c’est une chance très rare, il convient d’en profiter le plus longtemps possible pour progresser sur la voie de la libération spirituelle. Le fait de pouvoir vivre plus longtemps et en meilleure santé est donc très précieux pour les pratiquants bouddhistes, cela leur permet de progresser davantage tant que c’est possible, en réduisant ainsi les risques d’une réincarnation de mauvaise qualité.

Une raison de plus pour être végétarien !

Sources :


samedi 30 juillet 2016

Les dix commandements

Moïse portant les Tables de la Loi (José Ribera, 1638).


L'éthique des religions du livre (judaïsme, christianisme, islam) repose sur dix commandements dictés par Dieu à Moïse.

L'éthique bouddhiste de son côté comprend dix règles principales énoncées par Bouddha.

Ce chiffre 10 dans les deux cas interpelle. Existe-t-il des points communs entre les règles bibliques et les règles bouddhistes ?






Comparaison


L’illustration suivante permet de comparer les deux séries de préceptes :
 

Nous voyons que la deuxième table de la loi correspond à cinq des préceptes bouddhistes.
On pourrait se demander si cette concordance est ou non une coïncidence fortuite.

Selon la Bible, c’est Dieu lui-même qui a dicté les commandements à Moïse. Les bouddhistes n’admettant pas l’existence d’un Dieu suprême et unique (tout en admettant l’existence de bouddhas dotés de qualités quasi-divines), comment donc un bouddhiste pourrait-il expliquer les tables de la loi ? Il pourrait par exemple considérer que les tables ont été transmises par un bouddha, ou que Moïse lui-même aurait pu être un bodhisattva. Car les bouddhas ont le pouvoir de se manifester et de parler aux hommes, s’ils le jugent utile.

Ensuite, au-delà des préceptes eux-mêmes, il existe une différence de motivation.

La motivation biblique

Selon la bible, Dieu a fait don de la loi au peuple d’Israël, en dictant les dix commandements à Moïse. Dans quel but ? Ce n’est pas clairement indiqué dans la Bible. Comme les lois servent à organiser le bon fonctionnement d’une société, c’est peut-être la motivation biblique d’origine.

Par ailleurs la version complète du premier commandement indique Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération. Ce qui donne une autre raison pour respecter les commandements dictés par Dieu : éviter les punitions et être récompensé.

Dans l’évangile selon Saint-Matthieu, lorsqu’on demande au Christ comment atteindre la vie éternelle, celui-ci conseille de respecter les commandements. La motivation selon les évangiles serait donc la vie éternelle.

Selon le bon sens populaire, si on ne respecte pas les commandements, on va en enfer. Il semble que cela ne soit pas indiqué tel quel dans la bible. Mais c’est probablement l’une des motivations pour la plupart des chrétiens : ne pas aller en enfer et aller au paradis.

La motivation bouddhiste

Le bouddhisme dans son ensemble repose sur ces motivations fondamentales :
  • Obtenir le bonheur, pour soi-même et les autres êtres sensibles.
  • Supprimer la souffrance, pour soi-même et les autres êtres sensibles.

Les dix préceptes bouddhistes découlent donc également des motivations ci-dessus.
Ce ne sont pas des ordres donnés par une entité divine.
Mais le respect de ces préceptes va permettre d’accéder au bonheur, alors que leur rejet va entraîner des souffrances.

Si nous acceptons les motivations ci-dessus, ce qui est mon cas, nous pouvons alors faire preuve d’observation et d’analyse afin de rechercher les pratiques qui permettent d’accéder au bonheur et d’éviter les souffrances.

Nous pouvons par exemple analyser les dix préceptes : quelles sont les conséquences du meurtre, du vol, de la dépravation, des mensonges, des paroles méchantes, des commérages, de la calomnie, de la convoitise, de la haine et de l’ignorance. Nous allons alors constater des effets très déplaisants, ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Dès lors l’observation des dix préceptes n’est pas un ordre imposé, mais le résultat d’une analyse et d’une décision résultant d’un examen rationnel. Ils nous permettent d’atteindre le bonheur et d’éviter les souffrances, c’est démontré par l’observation et l’analyse.

Vers une éthique laïque

Les commandements chrétiens peuvent être perçus comme des ordres émanant d’un dictateur, ce qui va rebuter les personnes rétives à l’autorité, qui peuvent les percevoir comme une atteinte à leur liberté personnelle, et peuvent aller jusqu’à volontairement les enfreindre dans leur quête aveugle de liberté.

L’éthique bouddhiste présente l’avantage de pouvoir être adoptée par une société laïque, car il n’est pas nécessaire de croire en Dieu ni même en la réincarnation.

Il suffit de se poser deux questions de base :
  •  Ai-je envie d’être heureux ?
  • Ai-je envie d’échapper à la souffrance ?

Si oui, il faut apprendre les lois de la vie et appliquer les bonnes méthodes.
Notamment la loi de causalité, qui est bien rendue par le bon sens populaire :
On récolte ce que l’on sème.
C’est vrai dans le domaine agricole, c’est vrai également dans les prairies de la vie.

Chacune de nos mauvaises actions sème des graines.
De même qu’un grain de blé va produire un grand nombre d’épis, une action néfaste va se développer puis, au bout d’un certain temps, produire ses fruits, c’est-à-dire nous revenir amplifiée en pleine figure. La loi de causalité, c’est une sorte de boomerang équipé d’un amplificateur.

Les gens ont envie d’être heureux, mais dans leur grande ignorance des lois de la vie, se trompent de méthodes et doivent affronter toutes sortes de souffrances.

Les principes bouddhistes se prêtent donc à la mise en place d’une éthique laïque applicable à tous. Attention, le bouddhisme reste une école spirituelle à part entière, puisqu’il s’occupe du développement des qualités de l’esprit, mais certains de ses aspects peuvent être mis en œuvre sans qu’il soit nécessaire de devenir bouddhiste.

Les versions complètes des préceptes

Les 10 commandements et les 10 préceptes ne sont que les points essentiels d’ensembles beaucoup plus vastes, le service minimum en quelque sorte.

En effet Dieu aurait dicté à Moïse un total de 613 commandements, dont beaucoup ont été perdus.

Dans le bouddhisme également les 10 préceptes ne forment qu’une partie des méthodes permettant d’atteindre le bonheur. Parmi les autres qualités à développer figurent l’amour, la compassion, la générosité, la concentration, la sagesse, la patience, le respect, l’enthousiasme, etc. Il y a beaucoup de défauts à corriger et de qualités à développer.

L’analyse bouddhiste au secours de l’éthique chrétienne

L’éthique chrétienne présente un inconvénient, c’est qu’il faut croire en Dieu et au Christ pour y adhérer.

L’analyse bouddhiste permet aux athées d’adhérer à la moitié des dix commandements tout en satisfaisant aux exigences de la raison, ce qui n’est déjà pas si mal.

De ce point de vue, et je l’ai déjà constaté à d’autres occasions, le bouddhisme permet aux anciens chrétiens déçus de mieux comprendre et réhabiliter leur religion d’origine.

jeudi 2 juin 2016

Les vues fausses


Les bouddhistes prient pour les victimes des attentats. Ils prient également pour les terroristes, afin qu’ils soient délivrés de leurs vues fausses. 

Les vues fausses sont en effet considérées par le bouddhisme comme l’une des dix transgressions éthiques majeures, sources de toutes nos souffrances.



La nocivité des vues fausses

Cela peut surprendre : nous sommes attachés au droit d’avoir nos propres idées, en quoi le fait d’avoir telle ou telle opinion peut-il être un « péché » ?

Poutant le fait est là : certaines idées ont le pouvoir de déclencher beaucoup de souffrances et de détruire le bonheur de bien des êtres. Les attentats récents en sont l’illustration.

Car les terroristes sont pétris de vues fausses. Par exemple ils croient qu’en tuant des innocents  ils vont aller au paradis, alors qu’en vertu de la loi de causalité ils vont récolter dans leurs vies futures ce qu’ils ont semé, c’est-à-dire beaucoup de souffrances.

Comment construire l’éthique selon le bouddhisme

Selon le bouddhisme, le critère permettant de savoir si une action est éthique ou non s’exprime en termes de bonheur et de souffrance. Si une action crée des souffrances et réduit le bonheur des êtres, alors cette action n’est pas éthique.

En appliquant ce critère, le bouddhisme énonce donc les dix actions non éthiques principales, les dix non-vertus, l’une d’entre elle étant les vues fausses.

Si donc nous souhaitons être plus heureux et moins souffrir, nous et nos semblables, nous devons nous attacher à éliminer les vues fausses.